Télérama Sortir - Françoise Sabatier-Morel - février 2014

TTT - on aime passionnément

Et si le carnaval avait été inventé par une vieille marchande de crevettes de Boulogne-sur-Mer ? C'est en voulant échapper à la Grande Faucheuse que Philippine imagine et organise, avec ses amies et les femmes des marins, une grande fête costumée réunissant dans une même assemblée les riches et les pauvres… Cette « fable pour valise et marionnettes » très joliment écrite par Nicolas Ducron (auteur, metteur en scène et compositeur) réussit, dans un espace aussi réduit qu'une valise, à évoquer les bords de mer, l'iode, les embruns, le défilé chamarré, mais aussi l'effroi de Philippine face à la mort… Les décors peints, les marionnettes et les masques de Martha Roméro ne sont pas étrangers à cette belle invitation au voyage, de même que l'interprétation sensible d'Isabelle Hazaël.

Le Point.fr  -  Nedjma Van Egmond - novembre 2010

Philippine, vieille marchande de crevettes de Boulogne, reçoit la visite de la grande faucheuse. Il ne lui reste que cinq jours à vivre. Dire au revoir, goûter aux dernières heures. Bien décidée à en profiter, elle réunit toutes ses copines, saurisseuses et vendeuses, ramendeuses et autres femmes de matelots, pour créer une grande fête, aux frais de leur armateur de patron. Voilà comment naîtra le carnaval, pour défier la mort et permettre aux riches et aux pauvres de festoyer ensemble.

De décors peints en figurines aux mille costumes (des merveilles créées par Martha Roméro), on passe du Bistrot de la marine à la mer grise et déchaînée du Nord, de la modeste demeure de Philippine à l'intérieur cossu d'un bourgeois. C'est une fable magnifique, poétique et foisonnante que celle écrite et mise en scène par Nicolas Ducron. Avec douceur, énergie, et une foule de trouvailles, Isabelle Hazaël anime tout ce petit monde. La scène du carnaval où Philippine échappe à la mort, dans une marée de masques colorés - qui rappellent Ensor - et une musique tourbillonnante, est de toute beauté.

Sélection Spectacles - janvier 2011

De l’art de vivifier le conte en donnant à sourire, rire, méditer sur des thèmes graves, tels que la Mort, les injustices sociales, la pauvreté.

Une valise pose sur un coffre-coulisses à malices, des marionnettes maniées avec une dextérité simple et sans artifices, des figurines de bois et carton, un oiseau qui vole, des décors qui jaillissent comme par miracle de cette valise, puis s’escamotent vers la toile de fond.
Maquillage en direct, fantômes avérées, des moyens matériels sans effets spéciaux au service d’une belle histoire. Celle de la si pauvre Philippine qui, avec sa soupe de crevettes, séduit la Mort venue réclamer son dû de vies à faucher et obtient un court délai qui lui permettra de quitter la vie dans une révérence festive. Ainsi naît, de son imagination et de celles de ses amies et comparses en pauvreté, le moment magique du Carnaval de Boulogne-sur-Mer, où toute hiérarchie sociale s’abolit, pour un bref instant, dans une joyeuse inversion des rôles et des genres.
Le récit, qu’en concocte et met en scène Nicolas Ducron et que joue admirablement Isabelle Hazaël, est d’autant plus magnifique qu’il ne se veut ni larmoyant ni réducteur. Le langage en est châtié, imagé, suggestif. Et les enfants, bouche bée et oreilles attentives, ne sont pas rebutés par un vocabulaire qu’on pourrait juger hors de leur portée. Une intelligente pédagogie de l’attention, portée par la poésie et la grâce du récit et des gestes qui l’illustrent. Un pur enchantement pour les enfants comme pour leurs adultes de parents.
À ne manquer sous aucun prétexte.

Lamuse - Isabelle D'Erceville - novembre 2010

Remarquable et captivant !

Sur scène, une simple valise, qui va se révéler être une vraie malle aux trésors : en effet, Isabelle Hazaël va s’en servir de table, comme castelet, en y déposant des décors à la manière d’un livre d’images. Ces décors sont magiques, des toiles peintes, pour la plupart, mais aussi des maquettes de scènes d’intérieur, exécutées avec beaucoup de minutie.

Ce conte prend vie à Boulogne-sur-Mer, dans le froid, la tempête, sur les plages battues de la mer grise. On y fait connaissance de tous ceux qui peinent au début du siècle et particulièrement les femmes. L’héroïne n’est autre que Philippine, une vieille marchande de crevettes. Celle-ci reçoit, une nuit, la visite de la mort.

Pour détourner son attention et rester encore un peu en vie, elle a l’idée d’organiser une grande fête masquée, qui deviendra le Carnaval ! C’est donc déjà une belle histoire. Isabelle Hazaël la vit et la mime avec beaucoup d’intensité. Son interprétation captive la salle. Les personnages sont des marionnettes de différentes tailles, certaines ressemblent à des santons, d’autres sont très mobiles, comme la faucheuse, un squelette déguisé assez grotesque.
L’ensemble, décors et marionnettes, est très vivant.

Théâtrophile - Thomas​ - février 2014

La naissance du carnaval ou la valise magique contre la mort.

Dans la petite salle confortable de l'Atelier de la Bonne Graine, une malle aux trésors pleine de surprises nous embarque dans une histoire a priori sordide, celle d'une petite vieille s'apprêtant à mourir, rattrapée par une Faucheuse gourmande et sinistre. Sauf que La Naissance du carnaval, spectacle de marionnettes pour petits et grands traite certes de questions graves telles que la mort et les clivages sociaux mais se révèle aussi d'une poésie féerique, acidulée et sentant bon les plages du Nord. Le texte bien ficelé de Nicolas Ducron repose sur les épaules d'une Isabelle Hazaël qui n'a aucunement renoncé à son âme d'enfant. La comédienne fait vivre ce petit monde avec malice et énergie et les bambins tout comme les adultes ont savouré cette heure de théâtre avec un plaisir non feint et une attention quasi religieuse. Une émouvante fable que l'on vous conseille d'urgence d'aller voir jusqu'en mars.

Philippine, vieille marchande de crevettes de Boulogne-sur-Mer est interrompue dans la préparation de sa délicieuse soupe par un invité surprise pour le moins effrayant. La Mort elle-même frappe à la porte de la vieille dame et lui annonce que son trépas est programmé dans cinq jours. Affolée par l'annonce de cette fin imminente, Philippine reprend cependant ses esprits et décide avec l'aide de ses amies d'organiser une immense fête payée par leur patron richissime. Le carnaval est ainsi crée, dans le but de défier la mort et de créer un instant de partage convivial entre riches et pauvres.

Le conte inventé par Nicolas Ducron a le grand mérite de ne jamais prendre les enfants pour des idiots. Les confrontant à des sujets sensibles, abordés de front mais atténués par la forme poétique des marionnettes, ce spectacle ne laisse pas de faire réfléchir sur la peur liée à la conscience de notre fin et le désir de rester en vie malgré la vieillesse. Philippine est une anti-héroïne courageuse, acharnée et culottée. On suit avec excitation sa course contre la montre haletante.

Toujours à la mise en scène, Nicolas Ducron a eu la brillante idée de se servir d'un objet propice à toutes les fantaisies : une valise magique permettant des changements de décors rapides et remplie de trouvailles simples mais très astucieuses. Relevons les différentes tailles des marionnettes, un dépouillement riche d'inventivité et une scène de masques virevoltante et endiablée où l'incroyable Isabelle Hazaël se grime tout comme sa Philippine afin de créer une adéquation entre les petits personnages et la comédienne. D'ailleurs, celle-ci déroule son jeu avec un amusement constant, se plaisant à mimer les voix avec des intonations réjouissantes et donnant vie à cet univers maritime de façon enjouée et nerveuse.
Félicitons enfin le magnifique travail de Martha Roméro, qui s'est occupée des décors, des masques et de marionnettes avec une imagination inspirée et fabuleuse. Le Bistrot de la marine laisse place à la mer sombre et en colère puis à la maison opulente de l'armateur et au taudis de la petite vieille avec un raffinement rustique de détails.
Ainsi, La Naissance du carnaval enchante par l'intelligence des propos, l'inventivité de la mise en scène et le talent énergique d'Isabelle Hazaël. Les différents niveaux de lecture suscités par le texte séduiront toute la famille. D'une valise peut surgir tout un monde fascinant et attirant...